« Disons-le crûment : dans le restaurant chic de la métropole
parisienne, la banlieue tient le rôle de cuisine et d’arrière-cour.
Réserve de main-d’œuvre pour des emplois nécessaires, mais peu estimés,
espace d’évacuation des déchets, terra nulla où implanter, en vrac,
entrepôts logistiques, gigantesques data centers, postes de
transformation électriques… Bref : ce dont l’économie de la capitale a
vitalement besoin pour fonctionner, mais ne veut surtout pas considérer.
Pourtant (surprise !), de petites villes existent en grande périphérie…
où vivent des humains véritables ! Qui (re-surprise !) prétendent (on
tombe des nues) ne pas subir seulement l’aménagement forcé, mais
intervenir dans le sort qui leur est réservé. Comme s’ils étaient
citoyens de plein droit, et pas des anicroches dans l’aménagement des
territoires servants ! Ah, les gens… Il y a deux siècles qu’on leur
poubellise gracieusement les lieux de vies et ils n'ont toujours pas
compris où est leur place.
Heureusement, l’État veille ! Que valent les protestations face à des «
Projets d’intérêt national majeur », catégorie où se rangent les plus
énergivores des data centers ? Qui s’intéresse encore à l’eau, quand on
peut creuser pour des hydrocarbures ? Pourquoi maintenir des lieux
d’accueil concrets, quand les éléments de langage sur l’hôpital-réseau
sont fluides ? Bienvenue en périphérie ! »