Écologie sociale. C’est fou comme ces deux termes accolés me ramènent irrésistiblement à la fin des années 2000. Une époque durant laquelle on rêvait d’un grand mouvement de gauche qui fasse la synthèse des meilleures traditions du socialisme – canal historique – et de l’écologie politique ; où on lançait des vélorutions sur la ZAD tout en s’empoignant par textes interposés pour savoir si il fallait parler d’écologie sociale, de social-écologie, d’écologie populaire ou d’écosocialisme, si Marx était écologiste ou si le matérialisme historique pouvait être décroissant ; où on pouvait se passionner jusqu’au déchirement sur les vertus comparées du revenu universel et du salaire à vie ; s’enamourer du contrat social du Rojava et croire encore que les révolutions bolivariennes allaient laisser le pétrole sous terre ; un temps où une campagne électorale pouvait se mener sur le revenu maximum autorisé, la fin du nucléaire et le protectionnisme solidaire aux frontières ; où des pages d’argumentaire prouvaient que l’écologie était forcément anticapitaliste ; où ohé partisans ouvriers et paysans rimait magnifiquement ; où on orientait le soutien aux luttes vers l’autogestion après avoir questionné l’utilité sociale de la production et son impact environnemental ; un temps où écologie et social étaient indissociables, où il semblait impossible de ne pas tenir les deux, où même ça faisait un projet politique ; un temps enfin où un président faisant du jet ski dans une réserve protégée tout en augmentant le prix des carburants se retrouvait avec une insurrection sur les genoux.
Maintenant rembobinons cette très longue phrase et virons le passé. Parce que tout ça n’a jamais été autant d’actualité. Qu’il s’agisse de climat, de biodiversité, de luttes paysannes ou d’antifascisme, de décroissance, de justice fiscale, d’industrie ou de droit à la paresse, d’attachements et de milieux de vie ou de lutte contre toutes les formes de domination, non seulement le Covid, les guerres, la répression policière, le néocolonialisme, Trump, Milei et leurs amis néonazis n’ont rien démonétisé, mais il n’y a jamais eu autant de milliardaires occupés à saccager la planète, jamais eu autant besoin de renouer avec l’utopie concrète, la gentillesse punk et la radicalité. Les réseaux de l’écologie sociale existent encore et peuvent être renforcés, des employés méprisés aux champs calcinés, des quartiers aux ruralités. Le programme est clair, il est là, sur le papier, depuis des années. La ligne est nette : tout faire pour éviter l’ingérable, gérer l’inévitable et se préparer à ce que ce ne soit pas assez. La stratégie ? Actionner le frein d’urgence en guise de révolution, comme nous y invitait Walter Benjamin, et nous organiser, ici et maintenant. La perspective de subsistance des écoféministes, les chantiers reprise de savoirs, des luttes locales fédérées et outillées, l’autonomie politique et matérielle : voilà les nouveaux visages de l’écologie sociale. A nous de les faire exister.