💥Le n°15 débarque dans les kiosques !

Au menu : une grande enquête sur le « marché » carcéral français.

🔎La privatisation des prisons nous évoque d’abord le modèle américain. Pourtant, en France aussi, le système carcéral confie de nombreuses tâches au privé pour la conception, la construction et une partie de la gestion. Tout sauf le régalien. Alors à qui profite le crime ?

💸La prison transformée en « machine à cash » ?

Tout démarre en 1987, pour faire face à une surpopulation carcérale – déjà – le garde des Sceaux, Albin Chalandon, lance la construction de 13 000 nouvelles places de prison. Pour aller plus vite, il ouvre le marché à la gestion déléguée. Restauration, blanchisserie, entretien… de grands groupes s’engouffrent rapidement pour pallier le retrait du public. Actuellement, plus de 50% des 84 447 détenus français sont dans des prisons mêlant public-privé. Matin, midi et soir, Sodexo, Elior, Idex ou Gepsa se partagent les différentes missions. La multinationale Elior indique servir plus de 75 000 repas chaque jour aux détenus. L’activité est lucrative à tel point que des millions d’euros sont reversés en dividendes par la Gepsa, par exemple.

« En tant que défenseur du service public, la prison ne peut pas être un marché comme un autre. Elle ne peut pas devenir un réservoir à dividendes et le détenu une machine à cash », regrette Wilfried Fonck, secrétaire national Ufap-Unsa justice. Sécurité, surcoût, précarité des salariés… les questions derrière cette présence des entreprises en prison sont nombreuses.

En 2002, le gouvernement a eu la bonne idée d’élargir les Partenariats public-privé (PPP) à la construction des établissements pénitentiaires. Le surcoût était tel que le gouvernement a mis fin à cette formule de « partenariats », en 2017. Mais l’État en paiera les pots cassés jusqu’en 2041.

La gestion déléguée, elle, continue au grand dam de Dominique Simonnot, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté : « L’État doit rester responsable et gestionnaire de ses lieux de détention car il enferme des personnes au nom de la France et non de Bouygues ou de Vinci. » Si cette privatisation se fait pour éviter la surpopulation carcérale, c’est raté. « La surpopulation carcérale n’a jamais été aussi importante », a souligné la Cour des comptes en décembre.

Incarcérer toujours davantage est un choix politique. « L’Allemagne a 20 millions d’habitants de plus et 20 000 détenus de moins », résume Dominique Simonnot. Pour continuer d’enfermer plus, il faut continuer de bâtir davantage.

Le nouveau « plan 15 000 places de prison » déraille déjà à hauteur de 1,8 milliard d’euros. Encore de l’argent perdu.

La Cour des comptes souligne « la nécessité de maîtriser les coûts, de hiérarchiser les investissements et de mobiliser les alternatives à l’incarcération, moins coûteuses et pas moins efficaces contre la récidive ».

Tout le programme de cette enquête !

Au menu également : les conventions citoyennes (Silouane Bourel, Dobritz), les Mapuches au Chili (Marion Bellal & Valentin Hamon-Beugin, Irène Beauséjour), portrait d’une ministre qui crie au loup (Eloi Boyé, Vincent Couturier), le combat des Dockers (Léa Guedj & Maïlys Khider, Ivan Brun), la psychiatrie – addiction sous presciption ? (Maëlle Lecointre, Roxane Combes), la dérive du bois énergie (Mathilde Doiezie, Thiriet), l’Euro numérique (Jordi Lafon-Lacaze, Christophe Girard), le détricotage du RGPD (Capucine Vignaux, Fred Z), élevage sans antibiotique (Juliette Guérit, Camille Jacquelot), le tourisme vs les ours en arctique (Oriane Laromiguière, Léah Touitou), la poésie pour panser l’exil (Pierre-Yves Lerayer, Max Lewko Art), la culture fanzine(JF Maz), fake news scientifiques (Daniel Damart, Sabattier) le podcast de Deloupy Zac sur Histoires crépues, la montée populiste au Japon (Jonathan Kazadi Baudoin, Three Koma) et la répression de la non-violence (Half Bob, Clément Barré, Non-violence XXI)…

Et aussi des dessins de presse de Bésot, Piga, Lacombe, N.C, Gilles Lasserpe, VJY, Remy Cattelain

Dossier : Clément Goutelle, Samy Hage, Inès Soto, Elodie Potente, pauline gabinari (Sarah Balvay, Vincent Chambon, Martin Texier, Eloïse Pardonnet)

Mise en page : Marion Sabatier